Réussir vos navigations : aborder chaque étape de la vie de votre entreprise en trouvant le juste équilibre entre stratégie et agilité: création, croissance autofinancée ou externe, évolutions de Business Model, Transformations humaines et organisationnelles, transmission ou réorganisations actionnariales pour voguer vers de nouvelles aventures…
☀️ Série d’été — La météo des affaires – Épisode 3 : La course en double : réussir sa co-navigation stratégique ensemble, y compris pour transmettre son entreprise ou la faire croître ⛵
Profitons des beaux jours pour partager quelques leçons de matelotage et tenir fermement la barre dans la brise.. Nos séries d’été vous propose en toute simplicité de profiter de cette période pour avoir un nouveau regard sur les stratégies et le management en s’inspirant en particulier des enseignements issus de la pratique de la voile et de la course au large ainsi que des retours d’expérience de skippers…
En mer, s’engager sur une course en double comme par exemple la Transat Jacques Vabre est un exercice de haute voltige. Choisir son co-skipper est une décision bien plus cruciale que le choix des voiles ou de l’électronique de bord. Vous allez partager quelques mètres carrés, le manque de sommeil, le stress des choix stratégiques et la responsabilité du navire. Si le duo fonctionne, la performance est démultipliée. Si l’entente se fissure, le bateau se transforme vite en une prison flottante au milieu de l’Atlantique.
Double handed ocean racing sailboat team deck
En entreprise, la co-navigation est omniprésente. Elle prend la forme d’une association de fondateurs, du tandem délicat entre un cédant et un repreneur lors d’une transmission, ou du partenariat stratégique entre un dirigeant et son investisseur financier.
Alors, comment s’assurer que le duo tient la distance sans chavirer à la première tempête ? Tirons les enseignements des grands duos de la course au large pour réussir vos alliances business et un binome tout a fait particulier celui du repreneur et du cédant !
1. La répartition des quarts : une confiance absolue et des rôles clairs tout en se disant les choses…
Sur une transat en double, le bateau avance 24h/24. Pendant que l’un barre sur le pont au cœur de la nuit, l’autre dort à l’intérieur. Celui qui est à la bannette doit pouvoir fermer les yeux en toute sérénité, sachant que son partenaire prendra les bonnes décisions en cas de risée ou d’avarie. Il n’y a pas de place pour le micro-management au milieu de l’océan.
💡 L’exemple du large : Le rouleau compresseur Cammas / Caudrelier Lorsqu’ils naviguaient ensemble sur le prestigieux Trophée Jules Verne ou la Volvo Ocean Race, Franck Cammas (l’ingénieur ultra-cartésien, focalisé sur la performance pure) et Charles Caudrelier (le meneur d’hommes au sens marin exceptionnel) incarnaient le binôme parfait. Leur force ? Une confiance si aveugle dans les compétences de l’autre que chacun pouvait totalement déconnecter pendant son quart de repos, sans jamais chercher à surveiller ou corriger les réglages du partenaire.
Cette confiance absolue repose sur une définition millimétrée des rôles avant de larguer les amarres :
Le binôme d’associés : Vouloir que tout le monde décide de tout est le meilleur moyen de paralyser le navire. Le duo fonctionne quand les territoires sont clairs : l’un au développement commercial (sur le pont), l’autre à la gestion et aux structures (à la table à cartes).
Le tandem Dirigeant / Investisseur : Le fonds d’investissement n’est pas là pour tenir la barre au quotidien. Son rôle est d’apporter le routage météo et le carburant financier. Chacun doit respecter le quart de l’autre pour éviter les tensions de gouvernance.
2. Le passage de témoin : la délicate cohabitation du cédant et du repreneur
L’un des moments les plus riches — et parfois les plus complexes — de la vie d’une entreprise est la période de transition lors d’une vente (M&A). Le dirigeant historique (le cédant) reste quelques mois à bord pour accompagner le nouveau propriétaire (le repreneur).
C’est une véritable co-navigation temporaire qui rappelle les duos formés par un mentor d’expérience et un jeune talent. Le secret de la réussite tient en deux mots : humilité et transmission.
💡 L’exemple du large : Le tandem Jean Le Cam / Conrad Colman Sur la scène internationale, la transmission est un art. Pensez à l’icône du Vendée Globe Jean Le Cam s’associant au jeune et déterminé néo-zélandais Conrad Colman. Pour que l’alchimie prenne, le vieux loup de mer doit accepter de transmettre ses secrets technologiques et son ressenti de la coque, tandis que le jeune repreneur apporte sa fraîcheur, ses nouvelles méthodes d’analyse de données et son énergie. Un équilibre subtil où l’ego s’efface devant la performance du bateau.
Soulagement et reconnaissance pour Mathieu Blanchard, au moment de célébrer l’arrivée de la Transat Café L’Or. | JEAN-LOUIS CARLI / ALEA
Pour le cédant : Accepter que le bateau change de skipper. Même si le repreneur règle les voiles différemment ou choisit une option météo différente, c’est désormais lui qui est responsable du cap.
Pour le repreneur : S’appuyer sur l’incroyable « sens marin » du cédant, qui connaît chaque bruit suspect du navire, l’historique des avaries et les réactions des équipes (le personnel de l’entreprise) face aux vagues.
3. Gérer les divergences de trajectoire : L’art de l’alignement permanent
Même les skippers les plus complices ont parfois des désaccords au moment d’aborder une option stratégique. Faut-il contourner l’anticyclone par l’ouest au risque de rallonger la route, ou tenter un passage direct plus risqué ? En mer, la discussion doit être rapide, tranchée, et une fois la décision prise, les deux marins doivent s’y donner à 100%. Le pire danger est le compromis mou qui ralentit le bateau.
❓Comme l’indiquait Marie Tabarly skippeuse mythique Pen-Duyck VI avec un tour du monde gagnant à son actif: « en course et en bateau , Il n’y a pas de question bête, il n’y a que des gens qui ne savent pas répondre ».
⛵Un équipage est un équilibre entre des personnalités différentes : analytique, animateur, énergique, créateur d’harmonie, agile, expert,….qu’il faut faire fonctionner ensemble et pour ce faire, Il faut accepter l’autre pour ce qu’il est pas pour ce qu’on voudrait qu’il soit….
✅L’erreur tout le monde en fait et il faut débriefer pour en tirer des enseignements….
✅Soyez vigilant, la fatigue agit comme un acide sur la patience et l’échauffement n’existe pas en voile, il faut agir vite..
🌬️En bref, s’il y a l’envie, ensuite réussir est juste une question de sueur et de bon sens (sic!)
💡 L’exemple du large : le recadrage de Vincent Riou et Jérémie Beyou lors d’une édition de la Transat Jacques Vabre, les deux champions ont fait face à de violentes divergences d’options météo en abordant les Açores. Plutôt que de laisser s’installer une rancœur silencieuse ou de couper la poire en deux (ce qui les aurait plantés au milieu de nulle part), ils se sont posés deux minutes à la table à cartes : confrontation brute des arguments, choix d’une trajectoire unique, puis alignement immédiat. Ils ont fini sur le podium.
Dans vos alliances professionnelles, les divergences de point de vue sont saines, à condition d’avoir un cadre pour les arbitrer :
Le Pacte d’Associés (votre règlement de course) : C’est le document juridique essentiel qui prévoit comment gérer les désaccords majeurs (clauses de sortie, buy-or-sell). On rédige toujours son règlement de course par grand soleil avant de partir, jamais au milieu de la tempête.
L’alignement des intérêts : avant de signer une acquisition ou de faire entrer un partenaire, assurez-vous que vous visez le même port. Si l’un veut faire une traversée rapide de 3 ans (revente rapide) et l’autre un voyage au long cours de 15 ans (croissance patrimoniale), le duo finira par se déchirer.
« En double, le secret n’est pas d’avoir deux skippers identiques, mais deux profils complémentaires qui partagent la même éthique du travail et la même envie de gagner. »
Rien ne sort de bien de la rancœur. Tout est de la faute du skipper….seul à avoir la vision globale… pour décider mais on ne devient pas capitaine, c’est l’équipage qui vous choisit…La confiance ne se décrète pas, elle se construit..
Que vous soyez en train de vous associer pour accélérer la croissance de votre entreprise, de préparer le passage de témoin de votre vie professionnelle, ou d’embarquer un fonds à votre capital, traitez votre partenaire comme un véritable co-skipper. Communiquez ouvertement, respectez les compétences de chacun, et surtout, profitez de la richesse de l’aventure humaine. C’est à deux que l’on va le plus loin.
Bonne réflexion estivale, et gardez l’œil sur l’horizon !